Finance et numérique en Afrique

« L’Afrique a raté la seconde révolution industrielle, elle n’a pas le droit de rater la troisième. » Cette déclaration de Alassane Ouattara, en 2014 à Brazzaville, résume l’enjeu pour les États, les entreprises et les citoyens africains.

“Le développement du digital en Afrique comprend cinq étapes majeures, souvent appelées « sauts » (pour plus de détails voir « Le digital en Afrique », premier ouvrage de la collection du CIAN aux éditions Michel Lafon)

Le premier saut a été celui de base : le développement des télécoms
Jusqu’aux années 1990, l’Afrique était déconnectée du monde avec un taux de pénétration des accès téléphoniques de moins de 3 %. Le rattrapage va être fulgurant, mais sans passer par l’étape de la ligne fixe, allant directement à celle du mobile. Ce « saut » est même double car, à partir des années 2010, l’accès à Internet et aux réseaux sociaux va passer directement par les smartphones et les réseaux mobiles.

Deuxième saut, celui du paiement
Les pays africains sont, à quelques exceptions près, très peu bancarisés et, même dans les pays bancarisés, l’usage du cash est massif. Peu de chéquiers, virements, cartes bleues, etc. Là encore, un nouveau saut va avoir lieu avec l’éclosion du paiement par mobile. Le succès dans quelques pays (Kenya, Côte d’Ivoire, Mali) va ouvrir la voie à un nouveau moyen de transfert d’argent (les premiers usages sont essentiellement de l’échange de personne à personne), puis de paiement. Non seulement les pays africains sautent des étapes, mais ont un usage encore plus « digital » des paiements que les Européens ou les Américains. À ce jour, cette étape, exemple d’innovation inversée, constitue l’apport le plus important de l’Afrique au digital à travers le monde.

Le saut suivant concerne le e-commerce
Si tous les grands acteurs de l’Internet mondial sont présents sur le continent, Amazon rencontre encore quelques difficultés à adapter son modèle au contexte africain. En retard d’une quinzaine d’années par rapport aux États-Unis, le e-commerce africain connaît un développement récent. Ce développement n’est pas un rattrapage, mais une nouvelle voie. En effet, les sites à succès tel Jumia sont plus des places de marché ne gérant pas leur stock. Le modèle s’adapte à la spécificité locale (complexité logistique, problème des adresses postales, confiance, etc.), mais permet aussi d’enrichir le catalogue, y compris par les offres des marchés locaux informels.
C’est du côté du secteur public que se trouve le quatrième saut. La forte volonté d’introduire du digital dans ce secteur s’inscrit dans une analyse expliquant qu’il faut profiter du digital pour provoquer un bond en avant du secteur public africain. L’idée n’est pas nouvelle et, dès les années 2000, plusieurs tentatives ont vu le jour dans le domaine de la santé. Depuis les années 2010, nous assistons à une accélération : projets e-gouvernement, e-santé, e-éducation, etc.

Le dernier saut est celui du développement de l’économie des plateformes
Si ce modèle est largement commenté et développé en Amérique du Nord, puis en Europe et en Asie, il va aussi toucher l’Afrique et notamment via le développement des smart cities à l’africaine (Casablanca, Kigali, etc.).”

Source : www.finyear.com